Bribes

 

De l'espionnage au renseignement.

Vers la légalisation de la surveillance systématique

du trafic internet

 

Il tombe sous le sens que le renseignement est un précieux outil pour tout état ou puissance en situation de conflit avec un autre état ou un ennemi secret, qu'il soit plus intime ou ne soit que le faux-nez du véritable adversaire. Le bénéficiaire du renseignement acquiert une supériorité stratégique et une domination morale. A bien y regarder l'espionnage est vieux comme le monde et la mansuétude est acquise aux belligérants qui en consomment. Mais précisément, où et quand commence le conflit ?

Ce n'est pas par hasard si la célèbre locution « si vis pacem para bellum » est avancée toujours et partout pour qu'en temps de paix on ne désarme pas, dans l'attente du 'prochain' conflit. Connaître les intentions de l'Autre et les moyens dont il dispose ...

Cette situation de paix armée valait assurément depuis les temps anciens et notamment dans la Rome antique ; la nécessaire trahison et l'espionnage ordinaire se sont poursuivis à travers les époques et les civilisations jusqu'à ces aubes douloureuses du siècle dernier où la fonction a obtenu un statut quasi officiel, parfois envié, toujours décrié. Mais de Gertruda Zelle, dite Mata-Hari, à la call-girl britannique qui offrait ses charmes de façon concomitante à l'attaché militaire russe et à John Profumo, ministre de la guerre de Sa majesté, y a-t-il une autre différence qu'environnementale ? Toutes deux avaient mission de recueillir du renseignement.

Après le 'Troisième Homme' apparaît progressivement un basculement : alors que les États au terme de la 'guerre froide' opèrent quasiment une régulation de leur espionnage et s'abstiennent de provocation ad hominem (à l'exception notable de Gary Power et de son ineffable U2) ils se donnent les moyens de faire plus et mieux grâce à des ressources technologiques nouvelles, aux capacités insoupçonnées il y a peu. George Orwell avait eu un pressentiment génial mais nous avons tous nos Big Brothers.

Contrairement à ce que les diverses légendes véhiculent, les 'secrets' économiques, industriels, techniques ne sont pas nécessairement cachés au fond d'un placard ou dans les disques d'un ordinateur. Les publications, y compris celles des organismes officiels, fournissent des informations que l'on qualifie volontiers de 'protégées'. Un excellent service de documentation est un collaborateur de premier ordre. L'incident grotesque des 'plombiers' surpris par le dessinateur Escaro dans les locaux du 'Canard enchaîné', en décembre 1973, relève des souvenirs moyen-âgeux. La réalité est plus âpre, et l'aventure palpitante survenant à Joe Turner/Robert Redford dans 'Les trois jours du Condor' en est une bonne illustration.

L'époque du Gladio et des agents doubles est sans doute révolue mais la suprématie de la NSA, incroyable instrument d'espionnage tous azimuts, tous temps et tous pays est avérée, grâce en soit rendue à Snowden. Il est bien vrai que les horribles crimes des terroristes justifient le recours à des mesures exceptionnelles. Mais enfin ! Sera-t-on épargné par leurs forfaits si la loi votée 'entre en application' sans autre précaution ? Qui prémunira le bon peuple, peu enclin quoi qu'on en dise à étaler sur la place publique ses affaires intimes et ses convictions ? La sentence rendue au terme du procès fait au Daily Mirror est à cet égard exemplaire.

A ce stade de la réflexion une interrogation nouvelle se fait jour : comment et pourquoi est-on passé de l'analyse goguenarde de relations inter-étatiques à la mystification de l'écoute, téléphonique ou internet, d'un individu isolé ? Mme Michu est certes éminemment respectable mais à l'évidence elle ne présente pas le même intérêt géostratégique que la chancelière Merkel. La réponse nous paraît être d'une simplicité biblique : nous condamnons avec la dernière des véhémences une curiosité qui est en mesure de s'attaquer à nous, alors que la tolérance pointe le bout du nez si nous avons la conviction que les Grandes oreilles ne s'intéressent qu'aux Affreux et aux Barbares. Il y a en outre tellement de bonnes raisons de 'comprendre' ce nouveau coup de canif à la liberté ...

 

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