Fiches documentaires

 

Les métiers traditionnels :

 

Le Berger

 

Les moutons ont toujours constitué un cheptel précieux et relativement aisé à constituer et à élever. La chair se consomme bien et la commercialisation intervient facilement bien sûr, mais c'est la laine qui a longtemps représenté le capital le plus précieux dans notre civilisation, lorsqu'avant la mise au point des textiles du monde moderne elle était le textile de base.

C'est là une donnée fondamentale de l'économie médiévale, et il n'est point nécessaire de faire de la recherche approfondie pour comprendre l'importance du troupeau dans le passé : "la Toison d'or" de l'Antiquité est présente dans tous les esprits.

A l'issue de la tonte, dont le rendement est pour une large part fonction de l'espèce (un vigoureux mais maigre ovin corse fournissant trois fois moins de laine qu'un mérinos, par exemple) les toisons doivent être soigeusement lavées pour éliminer les impuretés, et sont mises à sécher. De mai à juillet le mouton est tondu, soit par le berger lui‑même soit par un professionnel, le tondeur, éventuellement assisté de ses aides pour attraper les bêtes apeurées et rétives et les maintenir à disposition...

Le mouton, en cette circonstance annuelle, est le cas échéant soigné, marqué par son propriétaire lorsque plusieurs troupeaux sont menés à l'estive. L'animal, imprégné de l'odeur écoeurante du suint, a été comme dépouillé et se présente avec une apparence de fragilité. L'outil utilisé pour la tonte depuis toujours, appelé les forces, est une unique lame de métal dont les extrémités aiguisées se croisent, l'appareil faisant ressort à l'occasion de chaque pression.

Mais la répétition à l'infini de cette pression manuelle est lassante et somme toute pénible. C'est pourquoi les bergers ont su profiter des progrès de la technique, voire les susciter. Dès le 19 è siècle d'énormes ciseaux à tondre sont utilisés, puis bientôt apparaissent les tondeuses à main, et enfin les tondeuses mécaniques au début du 20 è siècle, sorte de gros rasoir assurément plus efficace. Le gain de temps est considérable et le rendement s'en ressent : de 20 brebis, en moyenne, tondues dans une journée avec les forces on arrive à dix fois plus en utilisant la tondeuse moderne. Et nous n'évoquerons même pas les concours de tonte (surtout en Australie) qui font peu de cas de l'animal, à raison de deux minutes par brebis.

Si vous avez la chance, à l'occasion d'un séjour en basse ou moyenne montagne à la saison, d'assister au passage dans l'allégresse d'un immense troupeau, vous repérerez aisément certains animaux dont quelques poils longs en toupets ont été teints de couleur vive. Ce sont soit les béliers soit des meneuses que l'on a tenu à honorer et qui vivent la transhumance, avec au cou les sonnailles, qui font entendre leur son clair et harmonieux dans toute la vallée.

 

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