Milieux naturels et diversité biologique

 

 

CONNAÎTRE LES ARBRES

Les conifères

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      Autant il est banal d’aimer les fleurs et de connaître une passion pour leur beauté chatoyante, autant il paraît étrange de vouer aux arbres un intérêt comparable. Voici quelques lignes faites pour convaincre – à partir surtout de l’exemple des conifères, très mal connus sans doute parce qu’originaires de biotopes très éloignés (Amérique, Asie) - que les plus grands végétaux sur terre méritent mieux.

 

      1. Ce qui caractérise les conifères, ce sont : les fruits, en forme de cônes, la résine qui est comme la sève, le feuillage caractéristique (aiguilles ou écailles) qui sauf rares exceptions n’est pas caduc l’hiver. Les arbres relèvent pour l’essentiel (et si l’on met à part très logiquement, les palmiers), soit de la famille des feuillus, soit de celle des conifères. On inclut généralement dans cette dernière le gingko biloba (ou ginkyo biloba, arbre aux quarante écus), rendu célèbre par sa résistance unique à la bombe atomique sur Hiroshima, mais cet arbre de la préhistoire aux originales et belles feuilles d’or a en réalité des caractéristiques bien spécifiques, qui en font le seul survivant de toute une famille qui vivait au Jurassique. L’enracinement des conifères est souvent pivotant (avec les conséquences que l’on sait en cas de tempête), ou fasciculé, comme les autres arbres, avec une occupation du sous-sol d’une superficie égale à trois fois les frondaisons du système aérien. Leurs fruits – les cônes – peuvent être produits à partir de fleurs dioïques (cas du gingko) mais une précision capitale doit être apportée, qui contredit la croyance commune : le fameux ‘sapin de Noël’ n’est pas un sapin, mais un pin !

      Le bois des conifères est de qualité variée, en raison d’une structure différant selon l’espèce. Les conifères, comme tous les arbres, sont cultivés pour être utilisés soit comme bois de chauffe, soit comme bois d’industrie (bois d’œuvre, de déroulage, de tranchage). Comme pour les autres arbres aussi, un classement respectant l’arborescence : genre/espèce /variété est le plus sûr moyen de progresser rationnellement dans la connaissance. Il faut admettre que la démarche scientifique est parfois bien épaulée par l’observation de l’aspect général : nain ou géant, port en fuseau ou en boule, ou encore pyramidal , rampant ou érigé, etc.

 

      2. Naturellement, une approche empirique et surtout anecdotique est toujours possible, même si elle ne permet guère de se repérer aussi rigoureusement On peut ainsi placer dans les cases du spectaculaire les essences d’arbres qui  sont les plus hauts, les plus grands, à l’âge adulte dans leur région d’origine :

 

* le sapin de Nordmann, avec ses 60 m, est presque négligeable, si ce n’est que sa résistance à la sécheresse, qui lui fait conserver longtemps ses aiguilles après la coupe, en a fait l’arbre de Noël par excellence en Europe centrale ; il est utilisé pour faire de la pâte à papier ;

* le sapin de Sitka, grand épicéa robuste et léger qui fournit à Lindberg en 1927 l’essentiel du matériau du Spirit of St- louis, est déjà plus respectable avec 85 m ;

* le sapin de Vancouver, la plus grande espèce de sapin, au bois plus commun utilisé pour la fabrication du papier, peut atteindre au moins 100 m de haut ; c’est une autre espèce, dite sapin du Colorado, qui est l’arbre de Noël des nord-américains ; cet arbre est doté d’une résine transparente utilisée en pharmacie.

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Le "Général Scherman" - Séquoïa de Californie -  

(Les personnage à gauche fournissnt un rapport d'échelle).

 

       Mais la palme revient sans conteste, on s’en doute, au séquoïa sempervirens, au bois de grande longévité, qui dépasse allègrement 100 m. Qui ne se souvient de cette photo où l’on voit une automobile traverser littéralement un tel arbre en passant dans le tunnel creusé à sa base, dans le ‘Humbold state redwood park’  ?

 

Connaissent la plus grande longévité, dans les mêmes conditions :

* déjà le sapin de Douglas, centenaire potentiel, fait des envieux ; son bois très dur en a fait depuis son introduction en Europe en 1827 un arbre très productif, beaucoup utilisé dans l’industrie. Bismark avait veillé à son bon développement outre-Rhin !

* avec le sapin de Nordmann, déjà cité et le cryptomeria du Japon, utilisé là-bas pour la fabrication de tonneaux en raison de l’absence de résine, on change littéralement d’échelle : 500 ans ; il en est de même pour le noble cyprès de Hinoki bien connu et apprécié des amateurs de bonsaïs !

* au-delà c’est l’éternité ou presque : 10 siècles pour le cèdre blanc dont les indiens d’Amérique utilisaient l’écorce pour couvrir leurs huttes ; idem pour le thuya géant. Et que dire des quinze siècles estimés d’un séquoïa américain ?

 

      On se doit de signaler que la Dordogne, à l’occasion d’un recensement des arbres ‘vénérables’ – toutes essences confondues – a pu présenter des individus ne faisant pas rougir dans un palmarès : un millier d’années pour le chataîgnier de St-Cernin-de-l’Herm, 900 ans pour l’if de Bertric-Burée ! Et d’autres ‘vénérables’ étaient recensés, âgés de 200 à 800 ans : châtaignier de St-Cernin-de-l’Herm, chêne à Coulounieix-Chamiers, ainsi qu’à St-Front-d'Alemps, chêne vert de Besse, if de La Bachellerie (qui eut le tort de se trouver sur le tracé de l’autoroute A89 !), orme de Salignac, poirier sauvage de St-Mesmin, …

 

      Pour aider à étancher la curiosité de l’internaute, quelques indications supplémentaires sont mentionnées ci-après, sinon dans le désordre, en tout cas en vrac :

* le pin sylvestre et le pin maritime se ressemblent, mais c’est le second qui a été utilisé par Brémontier à partir de 1708 pour fixer les dunes et assainir les marais landais.

* le pin noir est surtout réputé pour la grande quantité de pollen qu’il produit, et qui est loin de ravir les personnes allergiques ;

* l’épicéa commun est l’arbre de Noël traditionnel dans nos contrées, cultivé abondamment en raison également de sa rapide croissance et de sa dureté ;

* la sapinette, très résineuse, fut longtemps découpée en petits tronçons qui étaient ensuite utilisés comme flambeaux ;

* le métaséquoïa du Sichuan n’a été découvert qu’en 1941 en Chine ; jusqu’alors il était connu des seuls paléontologue… grâce à ses empreintes fossiles.

* le cryptomeria nippon, au contraire, et de façon dérogatoire à la règle commune, ne produit pas de résine ; il est utilisé par les Japonais pour la confection de cuves et tonneaux, car il ne risque pas de corrompre leur contenu ;

* le cèdre du Liban, prestigieux arbre d’ornement, était déjà célébré dans l’Antiquité. On sait que, mis à l’état de logo, il orne le drapeau du Liban. Cet arbre est une référence pour la réalisation des mats de bateau à voile.

* l’if commun, très toxique, est un symbole d’immortalité et se voit dans tous nos cimetières.

* l’araucaria ou ‘désespoir des singes’, est originaire du Chili . Il est aisément reconnaissable en raison de ses redoutables ‘feuilles’ pointues.

* Le cyprès chauve, enfin, a une double particularité : il fait partie des très rares conifères à feuillage caduc, et dispose d’étranges racines, les pneumatophores, qui sortent très nettement du sol marécageux (plusieurs dizaines de cm) autour de lui.

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