Milieux naturels et diversité biologique


LEÇON DE MÈRE NATURE
 

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En ce jour de printemps, notre fille, alors en CM1, revenait du jardin avec trois petits oisillons tout juste éclos qu'elle avait découverts gisant à terre. Ils étaient sans doute tombés d'un nid caché dans la haie qui limite le terrain. Après avoir cherché en vain son emplacement pour y déposer ses occupants, nous arrivâmes à la conclusion de devoir les abandonner...  Les pleurs de notre fillette ne cessèrent que lorsque son frère, de plusieurs années son aîné, lui promit de les sauver coûte-que-coûte.

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Il s'empressa tout d'abord de réaliser un nid fait de chiffons et de ouate, au fond d'une petite boite en carton, pour les tenir bien au chaud. Puis il se mit en devoir de préparer ce qui serait dorénavant leur pitance journalière pour les semaines à venir. Ce fut avec un mélange de jaune d’œuf cuit et de lait, proportionné pour obtenir une espèce de crème onctueuse, qu'il nourrit les oisillons. Il y trempait l'extrémité d'une allumette qu'il présentait aux gosiers affamés.

Nous ne savions pas à quelle espèce d'oiseau nous avions à faire. Était-ce des insectivores, des granivores … ? Dans l'ignorance, il opta pour une évolution du régime intégrant progressivement de la farine issue de diverses graines qu'il écrasait consciencieusement pour y ajouter un peu plus tard quelques vermisseaux broyés.

Les oiseaux grandirent. Le plumage remplaça petit à petit le duvet des premiers jours. Son caractère s'affirma suffisamment pour en déduire que nous détenions probablement des tarins des aulnes.

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Notre fils avait pris l'habitude, lorsqu'il les nourrissait, de siffler quelques brefs appels. Très vite, une relation réflexe s'établit : coup de sifflet signifiait nourriture.

Nous les mîmes dans une cage. Ils devinrent magnifiques. Leur plumage d'adulte était maintenant en place. Il fut décidé de leur ouvrir la porte et de leur accorder la liberté.

Ils restèrent tout d'abord dépendants de leur source de nourriture. Leur aire de vol se limitait aux environs de notre habitation. Libres d'aller à leur guise, ils rentraient chaque soir "à la maison...".

Le moment approchait de partir en vacances. Nous décidâmes de les emmener avec nous. Ils eurent leur cage sous l'auvent en toile de la caravane. Les premiers jours ils demeurèrent enfermés. Mais bientôt nous les libérâmes et, dès l'auvent et la porte de la cage ouverts, ils partaient dans la pinède qui nous hébergeait, à la surprise de nos voisins campeurs. Chaque soir cependant, ou parfois pour se nourrir, ils revenaient dans leur cage.

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A notre retour nous avons progressivement restreint la nourriture et l'eau. Leur indépendance prenait un peu plus d'ampleur chaque jour. Ils demeuraient cependant très familiers et toujours sensibles au moindre coup de sifflet. Il est vrai qu'observer ces oiseaux venir avec une telle confiance, grâce et habileté, parfois jusque sur notre épaule, était rafraichissant.

Puis un jour, à notre grande déception, nous avons découvert deux paires d'ailes qui jonchaient le sol... quelque « raminagrobis » avaient su profiter de leur trop grande confiance, de leur manque d'éducation des pièges de la vie que n'auraient pas oublié de leur transmettre leurs parents naturels.

Les jours qui suivirent nous ont fait craindre que le même sort avait eu raison du troisième. Mais un matin, en ouvrant la porte du garage, il était là, sous l'abri qui jouxte l'entrée. Il ne demanda pas son reste et parti effarouché. Nous en fûmes heureux. Si c'était bien là le rescapé en question qui s'enfuyait, alors l'instinct de protection semblait mis en place.

Ce fut la dernière rencontre. Plus jamais nous ne le revîmes.

 

Photos :

- Nichée d'oisillons Tarins : http://eurobird-and-co.forumactif.com/t1135-tarin-des-aulnes-male-agate-ivoire

- Tarins adultes, mâle et femelle : N. Bouglouan : http://www.pbase.com/nicolebouglouan/eurasian_siskin)

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