Milieux naturels et diversité biologique

 

 

GRANDS CARNIVORES EN EUROPE

 

 

Un recensement scientifique a été effectué jusqu'en 2011 par soixante-seize experts animaliers travaillant sur l'ensemble du territoire européen, Russie et Ukraine exceptés. Cet inventaire concernait notamment les grands carnivores dont les populations avaient quasiment disparu au début du siècle dernier : le loup gris (canis lupus ), le lynx eurasien (lynx lynx) et l'ours brun (ursus arctos ).

Les conclusions de ce recensement, publiées dans le numéro de ce mois de la revue 'Science', ne manquent pas de surprendre tant certain tambour écolo amenuise l'audition : les populations de grands carnivores sont 'stables ou en augmentation dans la plupart des pays'. Mis à part les Pays-Bas, le Luxembourg et le Danemark tous les pays européens abritent au moins une de ces espèces qui évoluent sur un tiers de leur territoire.

C'est l'ours qui est le plus présent, avec un effectif de 17 000 individus répartis dans 22 pays, ce qui est considérable et n'occulte pas la disparition de sous-espèces en raison d'une restriction spécifique de l'habitat ou d'un acharnement de l'homme (cf. Cannelle et les quelques spécimens indigènes subsistant dans le massif pyrénéen). Le loup a une population bien moins importante, avec 12 000 individus mais une présence plus large puisqu'on le trouve dans 28 pays, même si sa situation dans la Sierra Morena espagnole y est très menacée. Quant au lynx, présent dans 23 pays, il a un effectif estimé à 9 000 têtes.

L'universitaire coordonnateur de cette étude souligne le caractère assez remarquable de la situation, compte-tenu de la densité de population en Europe : il y a deux fois plus de loups qu'aux États-Unis alors que le territoire est deux fois plus petit et la population deux fois et demie plus importante. Plusieurs explications peuvent être avancées : la croissance des populations d'animaux sauvages, ongulés notamment, qui sont l'ordinaire de nos grands carnivores, la libération d'espaces nouveaux par l'exode rural, la mise en œuvre enfin d'une législation protectrice.

Les deux situations, loup d'un côté, ours de l'autre, méritent une brève approche. Le premier était un animal omniprésent, ainsi qu'en témoignent comptines, chansons et légendes, sur la quasi-totalité du territoire au début du 19ème siècle, mais avait failli disparaître. Puis il s'était réintroduit avec discrétion en Italie, d'où il a gagné les Alpes françaises avant de se disperser de nouveau en une population de trois-cents individus. En ce qui concerne l'ours le pronostic est moins ouvert : en dépit de la réintroduction d'animaux venant de Slovénie, en 96 puis en 2006, il n'en subsiste que deux douzaines, répartis sur les versants espagnol et français des Pyrénées. Et par ailleurs la ministre de l'écologie a fait part de son intention de refuser de nouveaux lâchers...

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