Organisation territoriale

LES RÉGIONS, QUELLES RÉGIONS ?

 

Lorsqu'on aborde la question du mille-feuilles des collectivités publiques, on ne peut manquer d'envisager un remodelage territorial au niveau régional. Certes nos 22 régions ont la fragilité de leur courte existence (*), de l'incertitude d'un bon accomplissement de leurs missions, des zizanies locales animées souvent par de grands anciens pétrifiés dans leurs glorieux souvenirs.

Mais elles ont pour elles la dynamique des projets économiques qu'elles soutiennent, une excellente insertion souvent dans le milieu entrepreneurial. Si peu que leur exécutif sache se montrer présent et soit à l'écoute des corps intermédiaires et des populations, il ne fait aucun doute que la région - collectivité territoriale - a l'avenir pour elle.

Mais sur quel territoire ? Ou plus directement, avec quel remodelage ? Il faut bien comprendre que faute d'un projet homogène et visionnaire dés l'origine, le bric et le broc ont été de la partie bien souvent (*). Les références utiles se situent à l'interne de chaque collectivité existante (Que pourrions-nous faire mieux en France et particulièrement dans la région où nous vivons et travaillons, en existant sur de plus vastes territoires régionaux ? ) et par comparaison avec les structures équivalentes (*) des pays voisins (Quelle taille est la mieux adaptée pour un dynamisme stimulant, concurrentiel, qui ne soit pas l'occasion de fractures internes ou d'incompréhensions paralysantes ? ).

Le débat est donc ouvert en France, avec des particularités importantes. A côté d'une ferme volonté des pouvoirs publics, la soif de pouvoir et de compétences de certaines régions ! En regard des réussites de plusieurs voisins efficaces, le poids des traditions et de l'histoire dans notre pays ! Surtout, l'engagement dans l'expérimentation et l'abandon de l'uniformité jacobine apparaissent comme des risques autant que des atouts, d'autant que la démarche se greffe sur une mutation considérable intéressant l'intercommunalité.

Le difficile et douloureux remodelage des régions a déjà fait l'objet de travaux et a justifié des analyses dont la pertinence nous paraît confortée par l'association, en la circonstance, de l'opposition politique. Ainsi en 2008-2009 le Comité Balladur avait envisagé un redécoupage laissant place tout au plus à une douzaine de régions. Tout récemment un autre ancien Premier ministre, plus réaliste ou moins audacieux, se déclarait partisan d'une France à dix régions. Force est de constater que le récent échec alsacien (*), dans une perspective il est vrai plus complexe, n'incite pas à la béatitude. Concrètement, où faire passer la hache ? Nous nous en voudrions d'hypothéquer les avis autorisés qui émaneraient du Café du Commerce et nous nous bornerons à quelques remarques.

Normandie : la plus évidente des fusions envisageables. Comment de fiers Normands ont-ils pu accepter si longtemps d'être plus bas que d'autres ? L'Alsace-Lorraine a aussi du sens, même si c'est le sens de l'histoire. Le regroupement de l'Auvergne et du Limousin ne paraît pas absurde, encore que deux misères ensemble n'aient jamais fait une très grande richesse. Lier Franche-Comté et Bourgogne ne serait pas vain, même s'il faut pour cela envisager le dépeçage de la Picardie et laisser plus de bulles encore au champagne. Mais la suppression de Poitou-Charentes, mais l'éclatement du Languedoc-Roussillon ? Quid de la splendide Septimanie (*) ?

A la vérité, nous ne sommes pas sortis de l'auberge, même si le président Rousset avalerait bien tout l'arc atlantique  !

__________________

 

* Les départements ont été regroupés dans des 'régions de programme' en 1955, mais les Régions ont été érigées en collectivités territoriales de plein exercice avec l'élection des conseillers régionaux au suffrage universel direct en 1986.

* Michel Debré en sut quelque chose qui ambitionna vainement à la Libération de réduire le nombre des départements.

* Länder allemands, provinces espagnoles, etc.

* Consultés par référendum les citoyens du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont refusé la fusion tripartite avec la Région

* Nom que le potentat local, président du Conseil régional et, bien sûr, maire de la ville chef-lieu, voulait imposer.

 

__________________