A CONTRE - COURANT

 

Dans l’imaginaire collectif, en tout cas dans les thèses véhiculées par les médias, l’électricité est la meilleure des énergies, la plus sûre, et on doit déplorer le jeu douteux d’apprenti-sorcier auquel se livrent des politiciens et des technocrates menaçant la survie de la planète avec les centrales atomiques.

En somme : on ne veut plus entendre parler de nucléaire, après Three-Mile-Island, Tchernobyl et Fukushima ; revenons à de plus convenables sources d’énergie et nous aurons bien travaillé pour les enfants de nos petits-enfants ! Hélas, la réalité est toujours plus complexe que ce que l’on croit et les bonnes solutions malaisées à mettre en œuvre …

 

Nul ne le conteste, et c’est même un lieu commun : les énergies fossiles léguées par la décomposition de végétaux il y a plusieurs millions d’années, sont à la fois indispensables à la vie du monde actuel et génératrices de très importantes quantités de gaz à effet de serre qui, de façon indirecte, menacent concrètement la survie de l’humanité. Si le pétrole représente près du tiers de la demande mondiale d’énergie primaire, le charbon et le gaz naturel sont loin d’être quantité négligeable : un quart pour le charbon, un cinquième pour le gaz. De toute façon le seuil de ralentissement puis de réduction de l’exploitation de ces gisements d’énergie n’est pas encore en vue, et aucune date prévisible ne peut être assurée. Ainsi les réserves prouvées de charbon représentent près de deux siècles de consommation, et celles de gaz encore plus ! Il est d’ailleurs intéressant de relever que la distribution géographique de ces réserves place les USA et la Russie en position privilégiée : près du tiers mondial pour l’un, un cinquième pour l’autre (sans même prendre en compte les états de l’ex-CEI).

 

Pétrole géologique et pétrole financier

La question de l’épuisement des réserves mondiales de pétrole brut resurgit de temps à autre sans que la moindre certitude vienne conclure le débat. On pourrait se demander si parfois les ‘conclusions’ de telle ou telle étude n’ont pas été établies par le commanditaire au préalable, le cas échéant pour peser sur le prix du baril ! C’est, il faut le dire avec force, qu’il n’y a pas de limitation assurée de la production, celle-ci devant résulter moins de l’épuisement des stocks mondiaux d’hydrocarbures que de celui des budgets des pays consommateurs et de leurs citoyens.

A l’accroissement de consommation des pays déjà industrialisés (de l’ordre d’un tiers en 20 ans) et des pays en développement répondra inéluctablement la mise en exploitation, à des prix beaucoup plus élevés, de champs pétrolifères jusqu’alors déclarés non–rentables.

Pour avoir avoir un avant–goût de ce phénomène il suffit de suivre les quelques échos de l’actualité : sables et schistes bitumeux de l’Amérique du nord, nappes de pétrole off-shore de l’Antarctique et du Golfe du Mexique ou du Golfe de Guinée. Bien entendu les difficultés plus grandes de cette mise en production supplémentaire s’accompagnent de redoutables pollutions et accidents préjudiciables à la nature et à l’espèce humaine : plate-formes maritimes en perdition dont le flux de pompage souille durablement la Louisiane et la Floride, désastre bitumeux au Canada, etc.

Cette même actualité d’outre – Atlantique nous donne une claire idée de cette perspective : une compagnie canadienne se prépare à investir cinq milliards d’euros pour construire et exploiter un gigantesque oléoduc de 3 000 km, du sud du Canada jusqu’à Houston au Texas ! S’il se concrétise, ce projet permettrait d’acheminer chaque jour, en traversant six états américains, 200 millions de litres du pétrole extrait des sables bitumeux dans l’état canadien du Saskatchewan …

 

L’électricité est elle si propre que cela  ?

L’énergie électrique, contrairement à une idée tenace – et soigneusement entretenue – a une très faible productivité. Cette énergie est tirée de l’hydraulique : barrages, comme à Assouan ou aux Quatre-Vallées, en Chine ; de dispositifs géothermiques ; d’usines marémotrices (La Rance, en France), de l’énergie nucléaire bien entendu ; d’éoliennes ; du solaire (panneaux photo-voltaïques) ; de la biomasse enfin, mais surtout des combustibles fossiles (pour les trois-quarts). L’électricité est en fait responsable de pollutions importantes : on estime que sa production, son transport et sa distribution occasionnent des pertes de près des deux-tiers de l’énergie primaire qui lui est consacrée (un quart du charbon et la moitié du gaz, par exemple). On peut retenir que pour une unité d’électricité domestique consommée, il y en a une autre gaspillée et une troisième de CO² émise ! Qui l’eut cru ? Hasardons quelques autres commentaires.

 

Le charbon, toujours et encore !

Cette énergie primaire ancienne a encore un bel avenir, alors que l’accroissement spectaculaire de la productivité et la fermeture de très nombreux puits de mine pouvaient donner à penser que la houille agonisait. Souvenons-nous toujours que le charbon permet de produire les 2/5 de l’électricité mondiale. Et la Chine va construire dans les cinq ans qui viennent, dans le sud du pays, la plus grande centrale d'Asie, d'une puissance de 8 giogawatts !Ce qui ne peut qu'inquiéter la population locale en raison du  caractère nocif pour l’environnement et les habitants..

 

Le gaz part !

Plus abondant que le pétrole, plus difficile et plus coûteux à transporter, le gaz naturel est une source d’énergie néanmoins intéressante, que peuvent privilégier les pays producteurs pour assurer une part essentielle de leur développement. La détermination du tracé des lignes d'approvisionnement est, comme pour le pétrole, une préoccupation stratégique. Il faut noter par ailleurs qu'EDF a pris le controle en Italie du groupe Edison, en portant sa part dans ce groupe de moins de 50 % à plus de 80 %. De ce fait EDF est la seconde entreprise 'électricienne' d'Italie avec 8 gigawatts installés, les 3 / 4 de la production électrique étant assurés à partir de centrales à gaz.   

 

Le nucléaire reste !

L’énergie d’origine nucléaire, si elle ne peut guère se voir imputer un développement de l’effet de serre, et si son utilisation n’est pas aussi souple que les énergies fossiles, a une capacité énergétique incomparable. Mais la réalisation d’une filière complète exige une très grande maîtrise, une grande expérience, et le risque d’exposition à la radioactivité de populations entières en cas de grave défaillance technique est très présent.

Il faut tout de même savoir que déjà à l’heure actuelle la filière nucléaire fournit 6 % de l’énergie primaire dans le monde, soit un cinquième de l’électricité.

 

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