Transports

 

Le chemin de fer en Dordogne

 

Les débuts d'une grande aventure

La découverte d'une voie de chemin de fer abandonnée (ou simplement d'une tranchée de passage) laisse souvent le promeneur perplexe. Alors que des voies reliant des villes et des villages de nos campagnes sont aujourd'hui menacées faute d'une clientèle assez dense il est toujours émouvant et triste de se reporter par la pensée à la vie à la campagne 'autrefois' et d'imaginer ce que l'arrivée du chemin de fer a représenté pour nos aïeux.

Les anciens nous conteront l'anniversaire en septembre 2010 de l'inauguration cent cinquante ans plus tôt de la ligne Périgueux–Brive, se rappelleront aussi la journée où une vaillante petite locomotive tira sans barguigner les wagons mis au service des périgourdins désireux de se rendre à une fête du Département aux Eyzies. En fait la densité des voies du réseau principal n'était pas telle qu'elle justifie une véritable admiration. C'est en revanche la toile d'araignée des lignes secondaires qui surprend : il y eut jusqu'à 760 km de voies à écartement normal et 300 km de voies à écartement d'un mètre. [ ]

Le choix du site ferroviaire.

Des historiens locaux rendent régulièrement hommage, pour l'implantation à Périgueux d'ateliers du chemin de fer, au ministre Albert Claveille dont ils estiment que le pouvoir d'influence a joué un rôle déterminant. Il est malaisé de l'établir car il était indispensable de toute manière de créer un nœud ferroviaire entre Bordeaux et Brive et à distance convenable de Limoges. Il est logique que la vision d'un futur industriel ait imposé le chef-lieu du département, et de conforter la gare des voyageurs par la réalisation d'ateliers dédiés à la maintenance technique, à l'entretien et à la réparation du matériel roulant. La construction de ces ateliers a débuté en 1864, au détriment de la commune de Viviez, dans le bassin de Decazeville, qui se voyait privée de son seul atout industriel. Le site choisi pour Périgueux était situé à la lisière de la ville d'alors, en bordure des voies principales Bordeaux-Clermont-Ferrand et Paris-Agen. D'une superficie totale de plus de neuf hectares il était consacré aux ateliers proprement dits et comportait 27 000 mètres carrés couverts, ce qui représente un chantier énorme. Pendant trente ans les ateliers du chemin de fer vont procéder à la réparation des locomotives à vapeur, des tenders, des wagons et voitures.

Les hommes des ateliers

L'année 1920 sera l'année terrible. Travaillée par la propagande communiste, sensible aux avancées sociales que font valoir les nouvelles venant de Russie, la communauté des cheminots a été profondément meurtrie par la guerre. Nombreux sont ceux qui ont perdu des proches dans l'effroyable boucherie. Considérés comme des travailleurs privilégiés par une partie de la population, ils vivent en réalité dans l'amertume et la volonté farouche de contester radicalement l'ordre ancien et d'affronter si nécessaire ses porte-parole. L'agitation devient vite insupportable aux dirigeants sur place de l'entreprise. La grève est l'occasion de montrer sa force, de chaque coté. Les ateliers de Périgueux deviennent un étendard et un exemple pour tous les cheminots en France et une insupportable provocation pour les possédants et les nantis. La féroce mesure d'ordre décidée par la direction est donc aussi une très rude punition : les deux-mille ouvriers sont dans leur quasi-totalité purement et simplement licenciés !

Il sera bien entendu nécessaire de les remplacer, par du personnel qualifié autant que possible. L'effectif des cheminots dans l'agglomération donnera toujours une idée exacte de la santé de l'économie locale. Ainsi, d'un peu plus de deux mille au total après la seconde guerre mondiale, les employés ne seront plus que 1500 en 1950, 1400 en 1960 (dont près de 500 au G.R.) et 1300 en 1970. Le choix du tracé des lignes et du site des ateliers au chef-lieu du département a été déterminant pour l' évolution de la géographie urbaine : des villages très modestes verront leur stature confortée puis développée tandis que s'opère à Périgueux une extension de la ville vers l'ouest, faite de petits pavillons et de médiocres habitations : le quartier du Toulon

Organisation des Ateliers

A l'origine l'entreprise était organisée en six ateliers divisionnaires : montage, chaudronnerie, forge, ajustage, charronnage, peinture. Les événements de 1920 ont incité la direction à la scinder : la partie traitant les voitures et wagons est transformée en Grand entretien et se trouve nettement distincte. Les ateliers du P.O. à Périgueux ce sera désormais à la fois 'les ateliers' et le 'G.R' sans évoquer les ateliers de la voie sis à Chamiers. On doit signaler que de 1915 à 1918 les ateliers ont produit chaque année sept mille ébauches forgées d'obus de 75 ainsi que l'usinage complet de cinq mille d'entre eux.

Pour s'assurer un recrutement de qualité une école d'apprentissage a été créée ; pour l'admission de laquelle un concours de recrutement a été institué. L'apprentissage y est organisé sur trois ans, chaque année comptant 25 apprentis en vue du certificat d'aptitude professionnelle. Les formateurs permanents sont huit au nombre desquels il convient d'ajouter le moniteur d'EPS.

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